Le Dr Alain Vadeboncoeur revient sur les plus récentes recommandations américaines, qui réhabilitent partiellement le dépistage chez les hommes de 55 à 69 ans.

 

En avril dernier, l’AFP annonçait de nouvelles recommandations pour le dépistage du cancer prostatique. Plus précisément, on rapportait qu’un groupe d’experts américains en prévention revenait sur «son opposition à un test de dépistage controversé du cancer de la prostate», le PSA, notamment parce qu’il «réduit le risque de mortalité». Mais est-ce que tout cela est bien exact?

La réalité est plus subtile, surtout dans ces matières où le diable est parfois dans les détails. C’est que les «nouvelles recommandations» demeurent tout de même mitigées, le groupe d’expert ayant surtout nuancé une position antérieure.

Le PSA, pour test d’antigène prostatite spécifique, se fait par prise de sang. Sur la base des recommandations émises à partir de 2012 par ces mêmes autorités américaines, de même que par les autorités canadiennes, j’avais déjà exprimé des réserves à propos des impacts réels de ce dépistage. Le Collège des médecins du Québec recommandait alors que ce dépistage soit effectué seulement de manière éclairée et suite à discussion sur les avantages et les inconvénients. Qu’en est-il aujourd’hui?

D’abord, la question la plus importante: est-ce que le dépistage réduit ou non la mortalité? Oui et non. Tout dépend de «quelle» mortalité on parle, parce que la mortalité totale n’est pas diminuée par le dépistage. Ce qui veut dire que, dépistage ou pas, l’âge du décès ne changera pas.

Images par résonance magnétique d’un cancer de la prostate. Source: Open-I

En fait, lorsqu’on consulte les rapports de revue scientifique ayant mené aux nouvelles recommandations — temporaires, en attente de rétroaction publique — c’est seulement la mortalité due au cancer lui-même qui est réduite.

Le dépistage, selon les nouvelles recommandations du comité d’experts, permet donc seulement de diminuer la mortalité spécifique par cancer de la prostate. On a aussi constaté que les hommes dépistés souffriraient un peu moins souvent de cancer avec métastases.

Des études contradictoires

Le rapport se base sur deux études un peu contradictoires, soit l’étude dite PLCO et une étude européenne appelée ERSPC. Ainsi, alors que l’étude PLCO ne montre pas de modifications de la mortalité du tout, l’étude ERSPC montre pour sa part une réduction du risque de 21 % du décès par cancer de la prostate.

Pour 1000 hommes âgés entre 55 et 69 ans (seuls âges où le dépistage peut être considéré) avec le test PSA, 1 à 2 d’entre eux pourraient éviter un décès par cancer de la prostate après 10 et 15 ans, alors que 3 hommes pourraient éviter un cancer métastatique après 10 et 15 ans.

Le rapport mentionne également les résultats une étude plus récente appelée Protect, dans laquelle on compare 3 approches, soit une prostatectomie radicale (l’ablation complète de la prostate et des tissus environnants), un traitement par irradiation avec des thérapies hormonales, ou une surveillance active. Or, on ne pouvait pas non plus retrouver de différences de mortalité par cancers entre les 3 groupes, bien qu’on trouvait plus (6 %) de patients avec maladies métastatiques dans le groupe avec suivi.

Les risques du dépistage

On doit toutefois mettre dans la balance d’autres éléments, surtout les complications, retrouvées davantage dans les groupes où le dépistage du cancer est pratiqué. Par exemple, l’étude ERSPC mesurait les risques des biopsies: des douleurs modérées à sévères (7 % des patients), des complications infectieuses (2 à 7 % des patients) et d’hospitalisation (1 % des patients).

Dans l’étude Protect, les chercheurs concluent que les traitements du cancer de la prostate entrainent fréquemment des effets secondaires sexuels, urinaires et intestinaux. Ainsi:

7 % des patients avec prostatectomie radicale subissent des complications médicales ou chirurgicales majeures;

0,3 % décèdent dans les 30 jours de la chirurgie;

1 sur 7 développe une dysfonction érectile (85 % en cas de thérapie hormonale);

1 homme sur 6 souffre d’incontinence urinaire.

Au total, le dépistage du cancer de la prostate réduit donc légèrement la mortalité par cancer de la prostate et diminue le taux de cancers avec métastases, sans affecter la mortalité globale, mais demeure associé aux effets secondaires et complications de la biopsie et des traitements.

Comme les bénéfices et inconvénients sont jugés équivalents par les experts, seule une discussion approfondie avec le médecin permet de trancher entre ces deux options. Dépister ou ne pas dépister le cancer de la prostate entre 55 à 69 ans — les deux options demeurent légitimes — demeure donc une question de préférence individuelle.

SOURCE : L’actualité / Alain Vadeboncoeur


CONSULTEZ NOTRE SPÉCIALITÉ / IRM DE LA PROSTATE
https://irmquebec.com/specialites/irm-de-la-prostate/

ET NOTRE VIDÉO!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs requis sont marqués *

*


You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>